GTMC 2023 : traverser le Massif central à VTT

En juin 2023, j'ai décidé de me lancer dans une traversée du Massif central à VTT en empruntant la GTMC, la Grande Traversée du Massif Central. Le projet était de partir de Clermont-Ferrand et de rejoindre, au fil des chemins, Florac puis, dans un second temps, de poursuivre jusqu'à Sète et la Méditerranée.

Le principe était simple : un VTT, des sacoches, quelques affaires et plusieurs jours devant moi. Pour le reste, il suffisait de suivre la trace et de laisser le paysage décider du rythme du voyage.

De Clermont-Ferrand aux grands espaces

Le départ se fait à Clermont-Ferrand. Très vite, la ville disparaît derrière moi et la GTMC prend de la hauteur en direction de la Chaîne des Puys. Le Puy de Dôme apparaît régulièrement dans le paysage et donne rapidement cette impression de quitter progressivement le quotidien pour entrer dans un véritable voyage.

Les premiers kilomètres alternent petites routes, chemins agricoles, passages boisés et grands panoramas. Le vélo chargé rappelle cependant rapidement que la GTMC n'est pas une simple balade : chaque montée se fait avec tout le poids du matériel, et chaque descente demande un peu plus d'attention.

Au fil des jours, le décor change. Les volcans font place aux grands plateaux du Sancy et du Cézallier. Les paysages deviennent plus ouverts, les routes plus rares et les chemins donnent parfois l'impression de traverser des territoires presque inhabités.

Le Cézallier et les paysages d'Auvergne

Cette partie du parcours est probablement l'une des plus marquantes de la traversée. Les grandes étendues d'herbe, les troupeaux, les burons, les chemins qui disparaissent dans l'horizon et les reliefs arrondis donnent au voyage une vraie sensation de liberté.

Le vélo avance au milieu des fleurs et des pâturages, avec parfois simplement le bruit des pneus sur le chemin. Les journées deviennent progressivement une succession de paysages plutôt que de destinations. On ne cherche plus seulement à arriver quelque part : on profite de ce qui se trouve entre deux points.

En descendant vers Saint-Flour, le relief change à nouveau. La Planèze laisse progressivement place aux paysages plus boisés de la Margeride. Une nouvelle partie de la traversée commence.

Saint-Flour et la Margeride

Après Saint-Flour, la GTMC entre dans un environnement plus sauvage. Les forêts et les pistes de la Margeride succèdent aux grands plateaux ouverts. Le granite devient omniprésent dans les paysages comme dans l'architecture des villages.

Le parcours prend alors une autre dimension. Les distances paraissent longues, les montées s'enchaînent et le dénivelé finit par peser sérieusement sur les jambes. Sur l'ensemble du tronçon entre Clermont-Ferrand et Florac, ce sont près de 9300 mètres de dénivelé positif qui doivent être absorbés.

Mais cette difficulté fait aussi partie du plaisir. Les paysages changent suffisamment rapidement pour donner l'impression d'avancer à travers plusieurs régions en quelques jours.

Des fleurs, des odeurs et l'impression de tourner les pages d'un livre

Ce qui restera peut-être le plus longtemps de cette traversée, ce sont pourtant des sensations beaucoup plus simples que le dénivelé ou les kilomètres.

Il y avait des fleurs partout. Des couleurs dans les prairies, des herbes hautes sur les bas-côtés et des parfums qui accompagnaient parfois le passage. Une odeur florale douce et très présente, difficile à identifier précisément, faisait régulièrement partie du voyage.

C'est aussi ce qui donne à la randonnée une dimension particulière : à vélo, on traverse suffisamment lentement pour avoir le temps de voir, mais aussi de sentir. Un paysage n'est pas seulement une photographie que l'on prend avant de repartir. Il devient une ambiance.

J'ai progressivement eu la sensation de vivre cette GTMC comme un livre. Chaque journée était une nouvelle page. Le décor changeait, la météo pouvait changer, les jambes aussi, mais le lendemain apportait systématiquement quelque chose de nouveau.

Une GTMC partagée avec d'autres chemins

La GTMC ne se vit d'ailleurs pas complètement seule. À plusieurs endroits, son tracé rejoint ou croise celui d'autres grands itinéraires de randonnée, notamment la Via Podiensis, l'un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, et le chemin de Stevenson.

Ces itinéraires donnent une autre dimension au voyage. On ne rencontre plus seulement des cyclistes, mais aussi des marcheurs engagés dans leur propre aventure, parfois pour quelques jours, parfois pour plusieurs semaines.

Les rencontres se font souvent dans les endroits les plus simples : autour d'un bivouac, à proximité d'un point d'eau, au détour d'un chemin ou simplement lorsqu'un passage particulièrement difficile impose de descendre du vélo et de le porter.

Le portage est d'ailleurs une expérience assez particulière lorsque l'on voyage avec un VTT chargé. Certains passages, parfaitement envisageables à pied, deviennent nettement moins évidents avec plusieurs kilos de bagages accrochés au vélo. Il faut alors accepter de quitter la selle, prendre le vélo sur l'épaule et avancer avec les marcheurs.

Ces moments sont finalement propices aux échanges. Quelques mots échangés avec un randonneur, une discussion autour du parcours parcouru ou de celui qui reste à faire, un conseil sur un hébergement ou un point d'eau : ce sont souvent de petites rencontres, mais elles donnent une véritable richesse au voyage.

Le bivouac accentue encore cette impression. Après une journée passée seul sur le vélo, retrouver d'autres voyageurs autour d'un repas ou d'un feu permet de comparer les itinéraires, les expériences et les raisons qui ont poussé chacun à prendre la route.

On partage finalement le même territoire sans forcément suivre le même chemin. Le cycliste, le marcheur sur la Via Podiensis ou le randonneur du chemin de Stevenson avancent à des rythmes différents, mais avec cette même envie de découvrir le paysage autrement.

Le lac de Charpal et les hauts plateaux de Lozère

En poursuivant vers le sud, la Margeride offre encore quelques-uns de ses plus beaux décors. Le lac de Charpal apparaît au milieu d'un paysage très ouvert, presque nordique par endroits. Les pistes forestières, les blocs de granite et les grands espaces donnent une impression d'isolement qui correspond parfaitement à l'esprit de cette traversée.

À mesure que l'on approche du Mont Lozère, le relief devient plus marqué. Les estives, les bosquets et les paysages granitiques accompagnent les dernières grandes difficultés avant de rejoindre le Pont-de-Montvert.

Le Mont Lozère et l'approche de Florac

Le passage par le Mont Lozère constitue une nouvelle transition. On quitte progressivement les grands plateaux pour retrouver des vallées plus encaissées, des cours d'eau et une végétation beaucoup plus dense.

Le Pont-de-Montvert marque une étape importante du parcours. Le Tarn apparaît, les paysages changent encore et l'on sent que les Cévennes ne sont plus très loin.

La descente vers Florac permet alors de retrouver progressivement les villages, les chemins bordés de végétation et cette architecture de pierre qui caractérise la Lozère. Le passage par Bédouès est notamment remarquable, avec sa collégiale qui apparaît au milieu du paysage avant l'arrivée sur Florac.

9300 mètres de dénivelé… et deux petites plaquettes de frein

Et c'est finalement à Florac que l'aventure s'est arrêtée.

Pas à cause d'une grosse casse mécanique. Pas à cause d'une blessure. Pas même à cause d'une météo catastrophique. Simplement à cause de plaquettes de frein usées.

Jusqu'à cette randonnée, j'avais toujours roulé avec des vélos équipés de freins à patins. Je n'avais donc pas vraiment conscience de la vitesse à laquelle des plaquettes de frein à disque pouvaient s'user sur une traversée de montagne avec un vélo chargé.

Le poids cumulé du vélo, des sacoches et du pilote, auquel on ajoutera honnêtement quelques kilos de trop hérités de l'hiver, devait composer avec près de 9300 mètres de dénivelé positif. Les descentes ont donc sérieusement sollicité les freins.

Arrivé à Florac, les plaquettes étaient arrivées au bout de leur vie. Et surtout, impossible d'en trouver immédiatement pour les remplacer.

La leçon est finalement assez simple : sur une randonnée itinérante de plusieurs jours, deux jeux de plaquettes de frein de secours prennent très peu de place et peuvent éviter de transformer un simple consommable en fin prématurée de voyage.

Quelques années plus tard, ces détails me font presque autant sourire que les paysages. Ils témoignent de cette manière assez simple de voyager à vélo : partir avec ce que l'on a, bricoler ce qui doit l'être et apprendre au passage ce qui aurait mérité d'être mieux préparé.

Florac : une fin de chapitre, pas la fin du voyage

L'arrêt à Florac avait évidemment quelque chose de frustrant. Après plusieurs jours de traversée, le voyage s'arrêtait pour une pièce d'usure qui aurait tenu dans une poche.

Et pourtant, en arrivant à Florac, l'envie de continuer était probablement plus forte que jamais. Les rencontres faites en chemin, les paysages traversés et les journées passées à pédaler avaient transformé le simple itinéraire en véritable voyage.

La suite était déjà imaginée : les Causses, les gorges du Tarn, les villages accrochés aux falaises, puis les paysages qui s'ouvrent progressivement vers le sud et enfin la Méditerranée.

Le projet était de reprendre la GTMC à Florac et de poursuivre jusqu'à Sète. Aller jusqu'à la Méditerranée après avoir traversé tout le Massif central, voir le paysage changer une dernière fois et terminer le voyage au bord de la mer.

La traversée de juin 2023 s'est donc arrêtée à Florac, mais je préfère aujourd'hui la voir comme une pause plutôt que comme un échec.

Le livre n'était simplement pas terminé.

Il reste encore quelques pages à écrire, de Florac jusqu'à la Méditerranée.